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Leçons brésiliennes

Leçons brésiliennes

Dans le cadre de mon mandat, j’ai effectué un voyage parlementaire au Brésil du 24 au 30 mars 2026. L’objectif était de documenter les dynamiques de l’extrême droite à l’international afin de mieux comprendre son évolution en France.  Il a été organisé notamment dans le cadre de la Digue [1]. Ce réseau fédère des élus et des acteurs de la société civile. Il vise à comprendre la progression de l’extrême droite à l’échelle internationale et essaye de trouver des pistes pour l’endiguer. Ces dates ont été choisies car elles me permettaient de participer à la première conférence antifasciste internationale qui déroulait du 26 au 29 mars à Porto Alegre[2]. Au cours de cette conférence, j’ai eu la chance d’animer une table ronde sur la menace de lextrême droite en France avec des représentants d’ATTAC France, du NPA-A et d’un militant antifasciste ancien porte-parole de la Jeune Garde. Lors de notre déplacement, j’ai aussi été invité à présenter mon ouvrage « Sciences en résistance » à luniversité de São Paulo[3] . 

En amont du voyage, j’ai auditionné des chercheurs tels que Maud Chirio[4], Silvia Capanema[5], Frédéric Louault[6]. J’ai également eu le plaisir d’échanger avec le politiste Giancarlo Summa[7] et le philosophe Michael Löwy[8] et j’ai rencontré tour à tour l’ambassadeur de France au Brésil, Monsieur Emmanuel Lenain[9] et le ministre-conseil du Brésil en France, Monsieur André Maciel[10]. Cela m’a permis de me familiariser avec les spécificités de l’extrême-droite brésilienne.  

Sur place, à São Paulo puis à Porto Alegre, j’ai rencontré une vingtaine dacteurs très divers : Jean Wyllys, député en exil sous Bolsonaro ; Luana Alves, conseillère municipale de São Paulo ; des dirigeants du PSOL ; Marianna Riscali, directrice de la fondation Lauro Campos et Marielle Franco ; des représentantes du Mouvement des Sans Terre (MST) ; Alessandra Ceregatti, Miriam Nobre, Célia Alldridge des membres de la Marche Mondiale des Femmes ; Renata Prado, présidente de l’association des femmes qui font du funk ; Pedro Serano, juriste ; Juliano Salgado, réalisateur et dirigeant d’une fondation écologiste ; et enfin Andrea Dip, journaliste spécialisée sur les liens entre religion et extrême-droite. Nous avons enregistré presque l’intégralité des entretiens, qui seront publiés sur ma chaine YouTube[11] au fur et à mesure de leur traitement. 

Il n’est pas aisé de tirer des enseignements concrets et de rendre compte de l’exhaustivité des échanges dans une note de blog. Je vais donc rédiger ce rapport en l’articulant autour de quelques questions ciblées. La première concerne les causes de la progression et de la victoire de lextrême droite au Brésil. J’essaierai de dégager ce qui est propre à l’histoire brésilienne et ce qui est commun à des processus engagés en Europe et en France. J’analyserai dans une seconde partie comment la société brésilienne a résisté et ce qui a permis le retour de Lula au pouvoir. Enfin, dans une dernière partie j’analyserai la place de linternationalisme dans le combat contre l’extrême droite.

Partie 1 : La victoire de Bolsonaro entre rupture et continuité

Le Brésil a connu plusieurs épisodes de dictature d’extrême droite entre 1937 et 1945, puis entre 1964 et 1985. De la même façon, qu’il existe une forme de continuité historique entre le régime de Vichy, la guerre d’Algérie et l’extrême droite française, l’extrême droite contemporaine au Brésil plonge aussi ses racines dans les périodes de dictature. 

Tout d’abord, contrairement à la France, l’armée a toujours joué un rôle central au Brésil. La police brésilienne est constituée d’une police civile, d’une police fédérale, mais aussi d’une police militaire. Celle-ci n’hésite pas à mener des descentes dans les favelas, où les violences policières causent régulièrement la mort de personnes pauvres. Elle cible aussi des opposants politiques, notamment des artistes comme des chanteurs d’Afro-Funk. L‘exposition montée par Renata Prado au musée de la langue portugaise leur rend d’ailleurs hommage.

©Flora Hermet, Renata Prado à gauche et Marianna Riscali à droite

Mais la violence d’extrême droite ne s’exprime pas que par l’action de la police, il existe aussi des milices, parfois directement liées au clan Bolsonaro, comme à Rio de Janeiro. Les membres de ces milices sont d’anciens policiers ou militaires, parfois issus de la sécurité privée. La violence politique est évidemment incomparable avec ce qui existe en France. C’est directement le pouvoir politique qui a commandité l’assassinat de Marielle Franco, comme nous l’a raconté Marianna Riscali, directrice de la fondation du même nom. 

Contrairement à d’autres pays, il n’y a jamais eu de procès des crimes de la dictature. Bolsonaro s’est d’ailleurs toujours personnellement opposé à tout effort mémoriel sur le sujet. C’est un nostalgique assumé de la dictature et d’un retour à un supposé âge d’or marqué par des hiérarchies sociales et raciales claires. Jean Wyllys nous a bien décrit comment l’extrême droite s’appuie sur la défense de la famille hétéropatriarcale, l’homophobie et le racisme.  Elle s’attèle aussi à revenir sur les conquêtes qu’ont obtenu les mouvements sociaux, féministes, LGBTQIA+ et antiracistes. Les attaques contre les minorités et la création dun ennemi intérieur sont des facteurs clés du bolsonarisme. D’ailleurs ces menaces et les dangers qui pesaient après l’assassinat de Marielle Franco, ont contraint à l’exil le député Jean Wyllys qui était un de ceux à s’être opposé aux mesures de destitution de Dilma Rouseff. 

 Mais l’accession au pouvoir de Bolsonaro procède aussi de dynamiques typiquement contemporaines, que nous retrouvons en Europe ou aux USA.

D’abord, le juriste Pedro Serano nous a expliqué une différence fondamentale entre les régimes fascistes et les dictatures d’extrême droite du XXème siècle et les nouvelles expériences néofascistes du XXIème siècle. Auparavant, les régimes d’extrême droite créaient des États d’exception. Ils entraînaient progressivement la disparition de la démocratie représentative et subordonnaient le pouvoir judiciaire à un pouvoir policier et administratif. Aujourd’hui, le processus est plus progressif : les dirigeants d’extrême droite profitent d’un florilège de mesures dexception mises en place pour lutter contre le terrorisme et le narcotrafic. C’est un autoritarisme plus liquide et plus fractal. Ces mesures d’exception fournissent ensuite la base légale pour s’attaquer d’abord aux classes populaires, puis aux opposants politiques, aux dirigeants de gauche via des mesures d’impeachment. Cela a conduit Lula et Dilma à la prison, comme le maire d’Istanbul en Turquie.

   

©Flora Hermet, Jean Wyllys à gauche et Pédro Serano à droite

Nous avons interrogé beaucoup de nos interlocuteurs, notamment Giancarlo Summa et Maud Chirio, sur le soutien à l’extrême droite des classes dirigeantes. Il est évident qu’au Brésil le secteur de lagrobusiness joue un rôle clé, il représente aujourd’hui 26% du PIB, contre 10% pour l’industrie. À bien des égards, ces intérêts sur la prédation des terres rappellent la naissance du fascisme italien dans le mezzogiorno. Il organise les milices qui s’attaquent aux paysans sans terre, aux indigènes ou aux écologistes. 

Alors que les politiques de Lula et du PT avaient plutôt préservé leurs intérêts, les classes bourgeoises traditionnelles ont tout même basculé vers la droite et l’extrême droite, notamment après la procédure d’impeachment de Dilma Rousseff. Le choix de la bourgeoisie de soutenir en 2018 Bolsonaro a conduit à un effondrement rapide de la droite traditionnelle et une fusion de l’électorat de droite et de l’extrême droite, qui n’est pas sans rappeler le processus en cours en France. La porosité de la bourgeoisie avec l’extrême droite tient aussi selon Giancarlo Summa à leffondrement du secteur industriel et à la subordination de la bourgeoisie brésilienne aux intérêts de la bourgeoisie financière internationale. 

La journaliste Andrea Dip nous a, elle, expliqué comment l’extrême droite avait réussi à gagner une frange des classes populaires en s’implantant dans les églises et notamment chez les évangélistes. Leur nombre a énormément augmenté au Brésil et ils rassemblent aujourd’hui près de 30% de la population. Ils remplacent l’État dans de nombreux endroits et proposent une aide concrète aux plus pauvres. Leur rôle caritatif, associé à leur défense de valeurs morales permet d’attirer une partie des classes populaires à l’extrême droite. C’est d’autant plus important que ces dernières votent normalement massivement pour Lula, nous y reviendrons par la suite. Frédéric Louaut rapporte que lors de la campagne de 2022 « des slogans comme « un chrétien ne vote pas pour la gauche » ont ainsi été amplement diffusés dans et autour des lieux de culte ».

Andrea Dip explique que la cohérence de l’agenda d’extrême droite à l’échelle internationale (attaques concertées sur l’avortement, l’éducation sexuelle, le genre…) doit beaucoup à la circulation des valeurs traditionnelles entre les différentes églises évangélistes, mais aussi catholiques (Opus dei) ou orthodoxes (rôle de la Russie).  

©Flora Hermet. Andréa Dip

Luana Alves m’a aussi décrit les liens entre la droite, l’extrême droite et les réseaux de narcotrafiquants qui existent à São Paulo. Sur ce sujet des drogues, très présent au Brésil, elle affirme que leur légalisation permettrait de casser ces pouvoirs.

Enfin, l’extrême droite contemporaine profite aussi largement de la polarisation politique entre différents camps permise par les réseaux sociaux et l’usage massif des fake news. C’est aussi pour cette raison que tous les contre-pouvoirs (monde académique, les journalistes ou le pouvoir judiciaire) sont directement menacés par l’extrême droite. 

L’accession de Bolsonaro au pouvoir a été un véritable séisme pour tous ceux et toutes celles que nous avons auditionnés. Pour les représentantes de la marche mondiale des femmes, la principale conséquence de ce mandat a été l’accroissement des violences, et en particulier celles infligées aux femmes. Tout dernièrement, la tentative de meurtre d’une jeune fille a mis en lumière le développement des réseaux masculinistes où des hommes s’entraînent à attaquer les « les femmes qui disent non ». Bolsonaro a légitimé le recours aux armes, et promu une idéologie viriliste. La politique de casse sociale qu’il a menée a également approfondi les inégalités de genre et impacté d’autant plus durement les femmes. 

Partie 2 : La résistance du bloc populaire 

Avant notre voyage, Frédéric Louault nous a rappelé la carte du vote Lula qui est très significative. Lula lemporte dans le Nordeste et le Nord à plus de 70 % et surtout il l’emporte dans les classes populaires. Au Brésil, moins on est diplômé plus on vote Lula, alors qu’en France moins on est diplômé plus on vote Le Pen. C’est une grande différence. Mais par rapport à l’Europe, il existe aussi une faiblesse : les classes intellectuelles urbaines ne votent plus massivement pour le Parti des Travailleurs (PT). Elles l’ont abandonné progressivement, notamment du fait de manque d’actions sur les services publics comme la santé et l’éducation et suite à la récession que l’économie a connue sous Dilma Roussef qui a dégradé leur situation économique. 

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Le vote des classes populaires pour Lula tient à de réels progrès sociaux obtenus au cours des mandats précédents. Les mesures de Lula ont permis une ascension sociale réelle et des millions de Brésiliens sont sortis de la pauvreté. Il a ainsi acquis une adhésion massive des classes populaires. 

©Flora Hermet. Luana Alves et Israël Dutra

La politique de discrimination positive à l’université à la fois sur des bases sociales et raciales a permis aussi la naissance dune nouvelle classe intellectuelle, jeune, féminisée et racisée comme nous l’a expliqué Luana Alves. Jean Wyllys nous a aussi expliqué comment l’assassinat de Mariella Franco, car c’était une élue du PSOL, lesbienne et noire, s’est retourné contre l’extrême droite, car c’est devenu un puissant symbole pour la mobilisation des minorités.

Dans les métropoles, cela a permis à Lula de résister, notamment en alliance avec le PSOL mieux implanté dans ces milieux et plus actif sur les questions de discrimination. 

Israël Dutra et Carlos Robaina, deux des fondateurs du PSOL m’ont expliqué comment leur parti mettait en place une politique de front unique antifasciste en défendant l’unité avec le PT et le PCB (le parti communiste brésilien). Eux, comme d’autres acteurs que j’ai pu rencontrer, la marche mondiale des femmes ou les paysans du MST, reconnaissent les limites de la politique actuelle du Lula. Mais ils tiennent toutes et tous compte du rapport de force et de la nature de la menace d’extrême droite. Lula a gagné avec une coalition extrêmement large qui va de lextrême gauche au centre-droite et il ne dispose pas de majorité à l’assemblée. 

Par conséquent, ils soutiendront tous Lula en 2027, et le PSOL n’aura pas de candidat. Par contre, ils ont des débats sur le niveau d’indépendance vis-à-vis du PT. Israël Dutra et Carlos Robaina, comme la majorité du PSOL qui s’est exprimée lors du congrès de mars, sont par exemple contre participer au gouvernement de Lula ou subordonner leur parti au PT dans le cadre dune fédération. Eux, comme Luana Alves, m’ont décrit comment ils défendent des mesures plus radicales que le PT dans la rue, mais aussi au sein des conseils municipaux, car pour eux et elles, nous ne combattrons pas durablement le fascisme sans remettre en cause la prédation capitaliste et patriarcale sur le travail, la nature, les femmes et les minorités. Ils m’ont aussi expliqué que, quand les travailleurs entrent en conflit avec le gouvernement brésilien de Lula, le PSOL n’hésite pas à être du côté des travailleurs. C’est cela aussi que permet l’indépendance organisationnelle vis-à-vis du PT. 

Par ailleurs, la victoire de Lula nest pas du tout assurée en 2027. Tous les acteurs en ont conscience, le fils de Bolsonaro peut l’emporter. De plus, la résistance de la gauche brésilienne dépend à bien des égards de la figure charismatique, mais vieillissante de Lula. La relève est loin d’être assurée. Et les électeurs de Lula ne se transforment pas automatiquement en électeurs du PT ou du PSOL. 

Pour Jean Wyllys, il est aussi nécessaire de reconstruire un imaginaire émancipateur du XXIème siècle avec Marx, mais aussi, selon lui, contre Marx. Nous devons intégrer les combats écologistes, la lutte des minorités et l’exigence démocratique. Il faut également repenser la place du travail et de lantagonisme entre les salariés et le patronat à l’ère de lubérisation. Au Brésil, 40% de la population active travaille dans le secteur informel, sans aucun contrat ni droits sociaux. Enfin, il a insisté sur la nécessité pour la gauche et les écologistes de reconstruire une sphère publique saine et de se réapproprier les outils numériques et les médias pour contrer la vague fasciste.

La résistance est aussi sociale. Le Mouvement des Paysans sans Terre (MST) organise plus de 400 000 familles qui occupent des terres inexploitées. Ce mouvement très puissant organise une contre-société. Nous avons rencontré Milena Polini, membre de la section internationaliste du MST, dans un lieu où sont rassemblés à la fois les bureaux du mouvement, une épicerie (dans laquelle sont vendus principalement les produits des paysans sans terre) et une librairie. Elle nous a expliqué pourquoi ce lieu était important en tant que lieu de rencontre entre paysans et citadins.

Lara Rodrigues, l’une des dirigeantes nous a décrit comment cette organisation accompagne les agriculteurs et défend la réforme agraire, mais est aussi un mouvement politique global qui défend l’agroécologie, le féminisme et la lutte des classes. Le MST est enfin un mouvement d’éducation populaire qui dispose de sa propre université et qui organise la formation des paysans. Milena Polini nous a également expliqué l’importance du dialogue avec les peuples indigènes, notamment dans la partie amazonienne. Pour le MST, il n’y a pas de contradiction entre le développement rural et la préservation de la forêt amazonienne. Peuples indigènes et paysans sans terre combattent le même pouvoir de l’agrobusiness allié aux fascistes.

©Flora Hermet. Milena Polini et Lara Rodrigues

Juliano Salgado nous a aussi décrit comment sa fondation, l’institut Terra arrivait à changer les pratiques et les mentalités de propriétaires terriens en organisant des projets concrets dagroforesterie ou de gestion de leau. Il explique comment sa démarche tournée vers l’action permet de réduire la polarisation politique et de changer le point de vue d’électeurs de Bolsonaro. 

De la même façon, la marche mondiale des femmes monte des mobilisations dans des territoires pour lutter contre l’oppression patriarcale et loccupation régulière de la rue peut faire reculer concrètement l’extrême droite. 

©Flora Hermet. Marche mondiale des femmes et Juliano Salgado

Lors de la conférence à l’université São Paulo sur mon livre « Sciences en résistance », nous avons aussi échangé sur le rôle du monde académique dans la résistance à lextrême droite avec les sociologues Ana Hey et Serge Paugam. Alors que l’extrême droite progresse à coup de fake news, nous avons rappelé l’importance du champ scientifique pour que notre projet émancipateur puisse se baser sur des faits documentés. Les universités publiques ont largement été attaquées par Bolsonaro, qui comme aux USA ou en Argentine, a coupé leurs fonds. Mais certaines universités fédérales disposant constitutionnellement de dotations pérennes ont pu résister. Par ailleurs, le refus de Bolsonaro de mettre en place des campagnes de vaccinations et des mesures de protection des populations face au COVID a entraîné le mort d’environ 700 000 personnes au Brésil. Ce bilan a largement contribué à sa défaite. 

Pedro Serano nous a aussi décrit la résistance de la justice et notamment de la Cour suprême qui a empêché le putsch de Bolsonaro après la victoire de Lula et qui a permis son incarcération. Renata Prado a aussi décrit comment lafro funk et la musique en général sont des moyens de lutte politique pour les classes populaires. La culture est un outil essentiel dans le combat contre le fascisme et l’extrême droite. Elle nous a raconté le paradoxe de son exposition, qui dénonce les crimes de la police militaire, mais qui est pourtant hébergée dans le musée d’une municipalité dirigée par la droite et l’extrême droite.  

©Flora Hermet. Conférence à luniversité de São Paulo sur « Sciences en résistance » avec Ana Hey et Serge Paugam et Renata Prado au musée de la langue portugaise.

De nombreux acteurs rencontrés nous ont fait part de l’importance de linternationalisme et trouvaient important le travail entamé avec le réseau La Digue. Milena Polini nous a rappelé que l’internationalisme était extrêmement important pour le MST qui a des liens avec de nombreux paysans partout dans le monde, par le biais de Via Campesina, mais aussi lors de réunions internationales comme les forums sociaux.

Partie 4 : De lantifascisme à l’échelle internationale  

La conférence antifasciste de Porto Alegre a été un moment intéressant. Elle a permis à des délégations de forces politiques de gauche issues des quatre coins de la planète de se rencontrer et de débattre du risque fasciste. Une déclaration finale a été publiée, qui a suscité quelques critiques. Notamment le fait que rien n’ait été dit sur l’agression russe en Ukraine. Il faut dire que la présence d’une délégation ukrainienne pour parler de la guerre et de l’impérialisme russe n’allait pas de soi. Elle a été permise grâce à la mobilisation de camarades notamment issus de la IV° Internationale à laquelle j’appartiens. C’est pour moi extrêmement précieux et important, car il existe des logiques impériales américaines, russes, chinoises ou européennes et des dynamiques fascisantes dans ces différentes zones géopolitiques. Trump aux USA, Poutine en Russie, Erdogan en Turquie, Modi en Inde défendent le même projet : une politique de violence sociale au service des plus riches, basée sur un retour à un ordre réactionnaire, viriliste, patriarcal, raciste et impérialiste. Ces régimes représentent un vrai danger pour la démocratie et la paix dans leurs pays et l’échelle mondiale. Un mouvement internationaliste conséquent sur l’antifascisme et la lutte anti-impérialisme doit combattre autant la guerre en Ukraine, que le génocide à Gaza ou les interventions américaines au Vénézuéla ou en Iran. Si nous autres européens devons être conscients de notre place et des relations asymétriques Nord/Sud, imprégnées de colonialisme, nous devons pouvoir mener le débat ensemble sur le caractère protéiforme de la menace fasciste et les relations internationales.  Pour beaucoup de militants d’Amérique du Sud, les USA demeurent l’impérialisme le plus nocif. Plusieurs interlocuteurs m’ont confirmé que la géopolitique du Brésil et de Lula plutôt conciliante avec la Russie, la Chine ou lIran relevait plus d’un pragmatisme que d’une idéologie campiste. Mais de la même manière que les critiques vis-à-vis de sa politique intérieure existent, il me semble important de garder une indépendance et une critique des choix géopolitiques. En tant que militants internationalistes, il ne peut y avoir de tolérance vis-à-vis de régimes autoritaires tels que la Russie ou l’Iran, au moment où ceux-ci massacrent des milliers de civils. À ce titre, la présence d’une délégation iranienne représente une faute politique et suggère que les débats sur le néofascisme et nos alliances méritent d’être approfondis et clarifiés. 

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Dans un autre registre, le travail effectué dans le cadre de la Digue savère fructueux. Nous avons pu établir des contacts avec une quinzaine de personnalités, certaines, nous l’espérons, viendront à la conférence organisée cet automne à Paris par la Digue. Croiser nos regards sur la menace que fait porter sur nos démocraties, la progression de l’extrême droite est précieux. 

[1] https://la-digue.org

[2] https://www.cadtm.org/Porto-Alegre-2026-une-convergence-antifasciste-et-anti-imperialiste-entre

[3] https://sociologia.fflch.usp.br/science-et-fascisme-presentation-de-louvrage-de-hendrik-davi-depute-et-chercheur-francais-sciences

[4] MCF à l’université Gustave Eiffel, Membre fondatrice du Réseau européen pour la démocratie au Brésil, auteure de « La politique en uniforme : L’expérience brésilienne, 1960-1980 ».

[5] MCF à l’université Sorbonne, chercheuse à l’institut des Amériques, auteure de « De la démocratie raciale au multiculturalisme ».

[6] Chercheur associé au CERI, auteur d’un « Atlas du Brésil ».

[7] Directeur du Centre des Nations Unies au Mexique et journaliste

[8] Directeur de Recherche au CNRS

[9] Ambassadeur français au Brésil

[10] Ministre conseiller – ambassade Brésil en France

[11] https://www.youtube.com/@davi2046

[12] Estado Novo entre 1937 et 1945 après le coup d’État de Vargas en 1937.

[13] Dictature militaire de 1964 à 1985 mise en place après un coup d’État puis « légaliser » après plusieurs « actes institutionnels », le dernier en 1968 suspendant la constitution de 1946.

[14] https://www.amnesty.fr/agir-avec-nous/portraits/marielle-franco/

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