Je développe dans cette note de blog publié dans Médiapart, pourquoi la fusion entre les deux tours demeure la solution la plus sûre pour empêcher une victoire du RN à Marseille et pourquoi je mettrai au premier tour un bulletin pour Benoît Payan dans l’urne.
En tant que dirigeant politique, j’ai toujours pris mes responsabilités.
Quand j’ai eu des désaccords avec l’orientation de LFI, je l’ai dit, y compris publiquement, ce qui m’a valu d’être purgé en juin 2024.
Quand j’ai eu des désaccords avec la stratégie du maire sortant, j’y reviendrais par la suite, je n’ai pas hésité à l’exprimer.
Mais les élections sont maintenant dans moins de 10 jours, les marseillaises et les marseillais se posent deux questions : le RN peut-il l’emporter ? Pour qui voter au premier tour ?
Le RN peut gagner à Marseille !
A la première question : ma réponse est oui. Pourquoi ? D’abord, le contexte international et national est favorable aux néofascistes. Trump domine le monde, Poutine massacre les ukrainiens, Netanyahou organise un génocide. Ces trois dirigeants aux idées clairement racistes et masculinistes, ne sont hélas que les icebergs d’un mouvement bien plus profond. Une partie des classes dirigeantes font le choix de l’extrême droite, certains médias sont à la solde de ces idées, et les digues sautent les unes après les autres. En France, l’extrême droite n’a jamais été aussi proche du pouvoir. De plus, la gauche est faible et profondément divisée malgré la victoire du NFP en 2024.
A Marseille, l’extrême droite totalisait 37% aux européennes et 35% aux législatives et la gauche respectivement 41 et 42% à ces deux élections. Les sondages actuels donnent le maire sortant (34 à 35%) au coude à coude au premier tour avec le candidat RN (32 à 35%).
Par conséquent, en cas de division au second tour, le RN peut objectivement l’emporter. Rappelons-le, aux élections municipales, une liste qui dépasse les 10% peut se maintenir et la liste qui arrive en tête bénéficie d’une prime majoritaire de 25%. Heureusement, contrairement aux élections législatives, les listes peuvent fusionner entre les deux tours.
La fusion comme solution la plus sûre
Une victoire du RN serait catastrophique pour Marseille, ses habitantes et habitants. Ce serait terrible pour tous ceux et toutes celles qui sont issus de l’immigration. Ce serait un drame pour les sans-abris ou les plus démunis. La fusion des deux listes de gauche est donc impérative. C’est pour cette raison que le mouvement auquel j’appartiens, l’APRES, a notamment conditionné son implication dans la campagne du Printemps marseillais (PM), à l’engagement du PM à fusionner avec la liste LFI. Malheureusement, le Printemps marseillais a fait un autre choix. Il préfère compter sur une liste LFI a moins de 10% ou maintenant à un retrait de la liste LFI.
Compter sur le retrait de la liste LFI est doublement problématique. D’abord, c’est refuser que ceux et celles qui votent LFI au premier tour puisse être représenter au conseil municipal. Ce n’est donc pas démocratique. Mais surtout, c’est très incertain. Jean Luc Mélenchon et ses troupes ont démontré, à plusieurs reprises, leur capacité à tenir bon, pour le meilleur, comme sur le génocide à Gaza, comme pour le pire…
Je ne partage donc pas la stratégie de Benoît Payan. Par ailleurs, la composition de la liste du Printemps Marseillais et la campagne du Printemps, démontrent que la verticalité de LFI, que j’ai pu subir, est malheureusement aussi largement partagée par l’équipe municipale actuelle….
Par conséquent, l’APRES à Marseille ne fait pas la campagne du Printemps Marseillais, nous n’avons pas de candidats sur ces listes au nom de l’APRES. Et l’APRES a décidé d’appeler à voter massivement pour les deux principales listes de gauche. Certains de nos militants voteront pour la liste Marseille fière et populaire portée par Sébastien Delogu, soutenue par LFI-VAI, d’autres pour la liste Benoît Payan pour Marseille soutenue par le Printemps Marseillais.
C’est mon cas.
Pourquoi je vais voter Payan ?
La première raison, c’est que voter pour la liste LFI, est pour moi, impossible. Depuis le début, Sébastien Delogu mène une campagne populiste, au cours de laquelle, il met dans le même sac, Benoit Payan, Martine Vassal et Franck Allisio, qui seraient les candidats d’un même système corrompu. Il passe plus de temps à combattre le maire sortant que Franck Allisio. Son intervention dans le débat sur BFM est à ce titre édifiante.
Cette stratégie est la déclinaison marseillaise de la stratégie nationale de Jean Luc Mélenchon (JLM). En meeting à Lyon, alors que le maire écologiste, Grégory Doucet, venait d’ouvrir la possibilité d’une fusion avec LFI, JLM a multiplié les provocations, dont certaines avec de vrais relents antisémites[1], pour conclure que : s’il y a fusion « les conditions, c’est nous qui les posons » ! LFI continue donc son cavalier solitaire, divisant un peu plus la gauche à l’occasion de ses élections municipales. Je crains que l’agenda présidentiel de JLM passe par la défaite du maximum de candidats socialistes ou écologistes. Son objectif est de démontrer que le reste de la gauche ne peut pas être une alternative crédible. Il veut démontrer qu’entre le RN et lui, il n’y a rien. Le problème c’est qu’à Marseille, l’échec du maire sortant, signifie la victoire de l’extrême droite !
Certains pensent que voter LFI permettait de contraindre le PM à la fusion. Je pense que c’est hasardeux. Rien n’indique qu’in fine LFI veuille vraiment de la fusion. La stratégie de JLM indique le contraire. Il est même possible que plus LFI sera en position de force, plus ils feront monter les enchères. La seule façon d’imposer la fusion, c’est la pression des électeurs et du peuple de gauche, pas le score du premier tour.
La seconde raison, qui me convainc de voter Payan est que la liste du Printemps Marseillais, malgré ses défauts, demeure la plus unitaire. C’est un fait indéniable. Elle rassemble presque toute la gauche hors LFI (PCF, Écologistes, Générations, Debout, PS, Place Publique). Pour moi, il faut que la liste la plus rassembleuse, soit aussi celle qui fasse le meilleur score. Le peuple de gauche doit donner une prime à l’unité.
La troisième raison est le la Printemps Marseillais a un bilan. Il est critiquable, mais le plan de rénovation des écoles est en route, l’encadrement des loyers et des meublés touristiques est sur les rails, la mairie s’est attaqué à l’habitat indigne, l’APHM et la mairie soutiennent les centres de santé, l’adjointe communiste Audrey Garino a beaucoup fait pour ceux et celles qui n’ont pas de toits ou de papiers, la mairie soutient l’Ocean Viking, ce n’est pas un détail, quand le RN est aux portes du pouvoir. Voter Payan c’est donc voter pour un bilan, certes imparfait, mais de gauche.
Mais la quatrième et principale raison, c’est que la liste d’extrême droite ne doit pas être en tête à Marseille à l’issue du premier tour. Ce serait un puissant détonateur qui conduirait à la mobilisation de tout l’électorat de droite et d’extrême droite pour le second tour. Si le RN est en mesure de l’emporter, cela créera à Marseille, mais partout ailleurs, une dynamique pour l’extrême droite.
Le peuple de gauche ne doit pas laisser le moindre espoir à l’extrême droite. Dès le premier tour, le message doit être clair, Marseille ne sera pas la première grande métropole à être conquise par les néofascistes.
Le RN doit être le plus loin possible derrière le candidat de la gauche dès le premier tour, c’est en tout cas ma conviction.
[1] A voir l’excellente explication de Clément Viktorovitch


