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Face à la crise environnementale, l’urgence d’une planification écologique

publiée sur le site de la campagne présidentielle du Front de Gauche

La crise écologique

 

Marx écrivait: « chaque progrès de l’agriculture capitaliste est un progrès non seulement dans l’art d’exploiter le travailleur, mais encore dans l’art de dépouiller le sol ». Le capitalisme s’est structurellement développé selon une économie de gaspillage des ressources naturelles, notamment grâce à l’usage massif des énergies fossiles, qui ont structuré à la fois nos économies mais aussi les logiques impérialistes depuis la fin du XIXème siècle. Il faut bien avoir à l’esprit que le développement illimité du capital et la destruction de notre environnement sont intimement liés. Cette logique a conduit à une crise écologique qui présente quatre facettes : crise climatique, extinction de la biodiversité, épuisement des ressources naturelles (énergie fossiles, minéraux et eau), et pollution globale (radionucléides, métaux lourds, pesticides, nitrates)[1]. Il est donc urgent d’inverser notre logique de production et de consommation.

Produire et consommer autrement

 

Il faut rompre d’une part avec la logique de l’accumulation du capital qui vise à produire toujours plus pour qu’une minorité puisse consommer sans limites. C’est cette soumission à la maximisation du profit qui pousse à développer une surconsommation de produits de moins en moins durables, alors même que les besoins vitaux ne sont plus satisfaits pour une grande partie de la population (alimentation saine, accès à l’eau, à l’électricité et au logement).

D’autre part, nous devons en finir avec la libéralisation et la mondialisation de l’économie qui a conduit à un désordre croissant dans la production et les transports de marchandises. A court terme, des solutions existent. Mais pour cela, nous devons soustraire une partie de l’économie à la logique du profit et réintroduire une organisation rationnelle de nos productions par le biais d’une planification écologique d’ampleur.

Pour cela il faut des moyens. Cette planification écologique passera d’abord par la création d’un pôle financier public qui permettra d’investir dans une réorganisation de notre appareil de production. Ensuite, il faudra organiser notre production d’énergie pour sortir du nucléaire (si ce choix est fait après un grand débat public et un référendum) et des énergies fossiles. Cette adaptation ne peut se faire dans le cadre d’une économie de marché; l’échec de Kyoto pour faire face au changement climatique nous le démontre bien. Il faut commencer par abroger la loi NOME[2] de 2010 qui libéralise le marché de l’énergie et créer un pôle public de l’énergie avec EDF, GDF, AREVA et TOTAL une fois renationalisés. Ce pôle favorisera la recherche sur les énergies renouvelables (biomasse, éolien, solaire) et il s’appuiera sur un pôle public du bâtiment pour isoler les logements dans le cadre d’un vaste plan de rénovation de l’habitat. Allié au pôle public financier (subvention, incitations fiscales), il favorisera l’efficacité énergétique par le renouvellement progressif de nos appareils électroménagers vers des machines moins énergivores et la mise en commun de certains services (laverie automatique peu couteuse et publique, cantine populaire). Enfin, les politiques publiques devront à tous les niveaux favoriser les économies d’énergie en surtaxant certains usages: éclairages de publicités, ou de centres commerciaux, chauffage de bâtiments vides, transports aériens à courte distance, piscine privée chauffée…[3]

Relocalisation de l’économie et agriculture écologique

Les trois autres leviers pour diminuer drastiquement notre consommation en énergie fossile et pour limiter la pollution sont (1) la diminution des transports de marchandises en relocalisant l’économie, (2) la baisse du transport domestique par une meilleure organisation du territoire et des transports en communs locaux efficaces et gratuits, et (3) la sortie de l’agriculture productiviste (baisse des intrants et de la part de la viande, agriculture de saison et de proximité). Ces changements, eux aussi, ne seront pas possibles sans planification. Elle s’appuiera notamment sur un pôle public du transport qui organisera une taxation kilométrique des produits et un plan ambitieux de soutien au ferroutage et au transport maritime. Un pôle agricole subventionnera les AMAP[4], favorisera l’autosuffisance alimentaire ainsi que la recherche publique pour une agriculture écologique.

 

En finir avec la marchandisation de la planète

 

Nous favoriserons aussi la réappropriation public des ressources naturelles qui sont le bien commun de l’humanité. Cela passera par la création d’un pôle public de l’eau. La marchandisation du vivant (semences, OGM, génome humain) sera aussi interdite. Les quotas de pèche seront soumis à un strict contrôle en fonction des stocks de poissons disponibles. Enfin la préservation de la biodiversité est aussi un enjeu important, nous devrons multiplier les trames vertes, redévelopper les semences paysannes, augmenter la surface de réserves naturelles et les moyens qui leurs sont alloués, préserver des zones humides et des côtes vis à vis de la pression immobilière.

 

Internationalisme et sortie du capitalisme

 

Cette planification écologique en France permettra ainsi de mettre en place une politique d’urgence, mais à terme ce ne sera pas suffisant. Il faut évidemment que la sortie du productivisme, la relocalisation de l’économie et la préservation des milieux naturels se fasse à l’échelle de la planète. Une politique de coopération est donc impérative pour les que les pays en voie de développement sortent d’une économie d’exportation qui leur est défavorable et aillent vers une autosuffisance alimentaire. Nous devons être solidaires de toutes les luttes de réappropriation des ressources naturelles menées contre les multinationales[5] et continuer la coopération sur l’énergie et la préservation des milieux naturelles dans le cadre d’une autre Europe que celle des marchés.

Enfin, il existe un antagonisme profond entre la loi du profit et la préservation de la biosphère, nous devons donc œuvrer à une sortie du capitalisme et du productivisme à l’échelle de la planète. Nous ne devons pas perdre de vue cette perspective. Sans cette boussole, le risque est grand que nous ne puissions apporter des réponses durables à la crise sociale et écologique.

 

[1] Pour une description synthétique de cette crise voir : http://blogs.mediapart.fr/blog/hendrik-davi/140110/les-quatre-facettes-de-la-crise-ecologique

[2] Nouvelle Organisation du Marché de l’électricité

[3] Pour en savoir plus sur les potentialité des économies d’énergie : http://www.negawatt.org/

[4] http://www.reseau-amap.org/

[5] La guerre de l’eau en Bolivie, la lutte des sans terres au Brésil ou celle du peuple kanak contre l’exploitation du Nickel

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